Dans le train.
Je me dis qu'il ne m'arrive jamais rien dans les trains.
Malgré les dizaines, les centaines peut-être de voyages en train que j'ai pu faire, il m'est rarement arrivé de faire une rencontre, ne serait-ce qu'amicale. Pourtant j'entretiens le fantasme.
Eh puis cet après-midi il y a eu ce regard. Ce regard c'est celui d'un jeune homme qui m'a fixé tandis que je mettais mon sac au dessus du siège. J'étais amusé. Je m'asseyais. Il était derrière moi.
Je vais au toilettes, il en sort. Je lui souris amicalement. Quand je sors il est toujours là, à tripoter son portable.
Je lui jette un regard et retourne m'asseoir.
Si j'avais les idées claires je l'accosterais.
Il se lève à nouveau, mais se dirige cette fois de l'autre côté du wagon et passe donc devant moi. Il me regarde discrètement, j'essaye à nouveau de lui sourire, pas facile d'être naturel dans ces moments-là.
Il est jeune, il a les cheveux longs, des lunettes cerclées de noir un peu dures, une espèce de pantashort laisse dépasser des jambes de mouches, il a des croutes-au coude, je crois me souvenir- c'est rare chez un adulte. Où est-il tombé ? S'est-il battu ? J'en doute. Il a plutôt l'air de bosser dans la mode que dans la lutte greco-romaine.
Il repasse devant moi. Je suis nul, je ne l'ai pas suivi.
Mais est-ce que j'en ai envie ? Je suis flatté et amusé. je devrais lui parler.
J'envoie un texto à un ami.
Quand le jeune homme repasse, je rigole de la réponse de mon ami qui me conseille d'aller au fond du wagon voir s'il me suit. Ça fait déjà trois fois que lui va au fond du wagon et que je ne le suis pas. Mais je souris, ça oui, je souris.
Le train arrive en gare, il se lève et attends son tour pour descendre. Il me regarde et doit se demander à mon sujet si je ne suis pas débile.
Il a une raquette. Je ne l'aurais pas imaginé sportif.
Je le regarde plus franchement. Vais-je le laisser partir ? Je serais un gros nul.
Il fait tout pour se retrouver juste devant moi.
Mon coeur bat un peu fort sur le quai.
Je vais le laisser partir. il est jeune, très jeune. Très bonne excuse. C'est amusant, c'était une belle histoire, une courte histoire.
La pochette de son sac à dos est ouverte. Je me décide, je lui fait remarquer. La conversation est engagée.
Dans le métro il m'explique qu'il commence sa carrière de prof des écoles. Il doit avoir quoi, 24 ans ? Suite à une remarque, il me demande quel âge j'ai donc ?? 35 je réponds. Je triche d'un an, je ne sais pas pourquoi. Silence.
Avant que je descende à Oberkampf, il me demande mon téléphone.
Jamais je n'aurais oser ça à son âge.